(c) Tamatoa Berteil

« Sacrés sont la chose, l’être, la pensée à quoi il n’est pas possible de toucher sans trembler. »
Jean-Luc Nancy*

 

Le tremblement du sacré traverse toutes les œuvres de ce programme ; leurs compositeurs l’ont ressenti dans leur rapport à l’immuable. Immuable, la grammaire des modes utilisés dans les musiques cultuelles orthodoxes (où puisent les compositeurs rassemblés sur ce disque), immuables les textes sacrés sur lesquels ces œuvres sont écrites, immuable le temps musical induit par une relation particulière à ce qui dépasse les hommes et crée entre eux un lien. Ce temps musical, ces textes et ces modes, Dimitri Tchesnokov en est, pour Les Métaboles, le point de rencontre. Du compagnonnage qui unit notre ensemble vocal au compositeur depuis notre premier concert, en 2010 – nous chantions ses Trois chants sacrés, est né ce programme.

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Coup d’essai, coup de maître pour le compositeur d’origine russe, ces trois chants sont sa première œuvre pour chœur. Dimitri Tchesnokov avait à l’esprit, en écrivant les siens, les Trois chants sacrés de son compatriote Alfred Schnittke (auteur de l’incroyable Concerto pour chœur), composés en 1983 – Dimitri Tchesnokov avait un an. Ensuite, Dimitri Tchesnokov relie les musiques de ce programme aux chanteurs des Métaboles eux-mêmes ainsi qu’à leur chef. Né en 1982, le compositeur est de la même génération que nos chanteurs et Léo Warynski. C’est ensemble, au fil de nos concerts, que nous avons exploré les filiations musicales du compositeur.

L’aspect extrêmement hiératique que prend la sonorité du chœur dans ce programme fait oublier que nous sommes en présence exclusive d’œuvres des XXème et XXIème siècles. Toutes ont été écrites entre 1983 et 2011. Ce programme est donc tout contemporain, à l’image de l’ambition musicale des Métaboles qui défendent le répertoire a cappella de toutes les époques, en n’oubliant pas des chefs-d’œuvre récents peu connus en France. Ainsi la musique pour chœur de l’aîné des compositeurs ici représentés, Gueirgui Sviridov, né presqu’avec la Révolution russe, en 1916, extrêmement reconnue en Russie, peu chantée en France, ouvre ce programme avec Mysterious Nativity.

O Salutaris du lituanien Vytautas Miskinis (1956-) est, hors de France, tout autant un classique du répertoire pour chœur, avec son saisissant effet incantatoire placé en son centre. L’incantation est au centre également du Svatyï Boje de Sviridov. L’idée de recommencement perpétuel – l’immuable – est au cœur même du sacré en musique, que la fonction de la musique soit religieuse ou bien, comme ici, qu’elle ne le soit pas. Le rituel est toujours présent.

Le Magnificat d’Arvo Pärt (1935-) est écrit dans le style qui a rendu le compositeur célèbre et que lui-même appelle « tintinabule ». Arvo Pärt marque par là l’inspiration qu’a représenté pour lui le tintement des cloches qui, quand on analyse de près le spectre sonore qui s’y déploie, se compose, pour une seule hauteur audible, de consonances et de dissonances. Ainsi le compositeur estonien se résume-t-il dans cette alternance (consonance-dissonance), se nourrissant aussi, avec cette référence à la cloche, à une portée symbolique qui, neuf ans avant le Magnificat, inspirait à l’anglais Jonathan Harvey (1939-2012) son chef-d’œuvre électro-acoustique : Mortuos plango, vivos voco (« Je pleure les morts, j’appelle les vivants »).

 

Benoît Walther, Président des Métaboles

* « Notes sur le sacré », in Mouvement, l’indisciplinaire des arts vivants n°47, avril-juin 2008, pp. 52-54, Paris, 2008, 160 pages.

Gueorgui Sviridov

Mysterious Nativity


Arvo Pärt

Magnificat


Dimitri Tchesnokov

Trois Chants Sacrés

De profundis

Miserere

Pater Noster


Vytautas Miskinis

O Salutaris Hostia  

Dimitri Tchesnokov

Ave Verum Corpus


Alfred Schnittke

Trois Hymnes Sacrés      

Bogoroditse

Gospodi

Ocenas


Gueorgui Sviridov

Trisagion

 

 

 

Ce programme Mysterious Nativity a fait l’objet d’un enregistrement éponyme sorti en 2014 et disponible dans la boutique sur ce site !

Mysterious Nativity