Une ambiance de recueillement rare

Mardi 7 octobre 2025
OLyrix - Olivier Delaunay
Après un rêve

Dans le cadre de son après-midi de concert de musique vocale dans l'Abbaye du Mont Saint-Michel, le Festival Via Aeterna accueille l'ensemble Les Métaboles, dans une formation intime (six chanteurs), et une ambiance de recueillement rare.

Les touristes s'en plaindront à n'en pas douter, mais les mélomanes en seront les plus heureux : chaque année, au début du mois d'octobre, l'Abbaye du Mont Saint-Michel se réserve aux titulaires de billets de concerts, pour une journée de musique vocale, en clôture du Festival Via Aeterna. Les programmes s'enchaînent, entre la Salle des Chevaliers et la célèbre abbatiale, survolant les âges et les styles.

Celui proposé par le chœur Les Métaboles est un exemple tout à fait emblématique de l'éclectisme voulu par la programmation. "Après un rêve", ainsi nommé d'après l'une des pièces qui composent le concert (un arrangement de la célèbre mélodie de Gabriel Fauré pour chœur mixte), est une traversée. De Josquin des Prés (XVe siècle) à Maurice Ravel (XXe siècle) en passant par Un soir de neige de Francis Poulenc  et les Trois chansons sur des poèmes de Charles d'Orléans de Claude Debussy, la musique en langue française est la dominante de ce programme. La création contemporaine a aussi toute sa place dans les projets des Métaboles, et elle est ici représentée par le compositeur tchèque Ondřej Adámek, dans une fin de concert consacrée à sa pièce Les Ombres qui passent dont l'écriture fragmentée permet aux chanteurs de se disperser dans l'abbatiale, usant de l'acoustique ample du lieu pour disparaître petit à petit.

C'est en petite formation que le chœur Les Métaboles fait le déplacement jusqu'aux hauteurs du Mont Saint-Michel en ce dimanche. La polyphonie s'exprime ici avec une voix pour chaque partie dans la majeure partie du programme. L'exercice nécessite alors de la part des six chanteurs de l'ensemble, non seulement des qualités d'écoute, mais également une capacité à affirmer son rôle dans l'ensemble, et à en être seul responsable, grisant ainsi la frontière entre l'individu et le collectif. Un subtil jeu de dosage que les voix des Métaboles maîtrisent. À l'écoute en effet, difficile de distinguer le timbre individuel dans les tessitures voisines : les quintes de l'ensemble basse-baryton et les jeux de tension entre voix aiguës semblent se confondre. 

Diriger un ensemble ainsi restreint est un exercice délicat. Au centre du sextuor, Rémi Aguirre Zubiri (en lieu et place de Léo Warynski, chef habituel de l'ensemble) distribue les entrées et maintient la cohérence des dynamiques d'un geste discret et souple permis par cette formation intime, avec une attention particulière aux équilibres. Le chef prend également le micro pour annoncer les pièces, et donner quelques clés de lecture thématiques qui éclairent le sens et guident l'écoute.

À la fin du programme, après la disparition des voix dans le lointain, le public enthousiaste rappelle les artistes sur scène, pour des applaudissements certes chaleureux, mais comme recueillis devant la majesté du lieu, avec la conscience d'en avoir été des visiteurs privilégiés. Le dimanche suivant, quand l'Abbaye aura rouvert ses portes aux touristes, l'ambiance n'y sera sûrement pas la même...