Les Métaboles prolongent leur compagnonnage pour un nouveau cycle triennal à la Cité de la Voix, confirmant leur rôle essentiel dans la diffusion de la musique chorale d’aujourd’hui.

Thursday 28 August 2025
Crescendo - Victoria Okada
Another Look

La soirée du samedi s’ouvre par un canon à seize voix d’Andrea Basily, compositeur italien du XVIIIe siècle tombé dans l’oubli. Les chanteurs, entrant successivement, ajoutent l’un après l’autre une ligne vocale, générant une polyphonie mouvante qui prend aussi forme dans l’espace. Cette architecture sonore devient un prélude naturel à Glass : le canon, n’est-il pas, en somme, une musique répétitive avant l’heure ?

La scénographie conçue par Céline Diez captive d’emblée. Derrière les choristes, trois disques monumentaux superposés servent d’écran aux vidéos de Céline Diez et Clément Debailleul : visions énigmatiques de nuages, l’air, flux sanguins, iris dilatés ou matières organiques indéterminées. Ces images vibrent au rythme des séquences répétitives de Glass, auxquelles les chanteurs, d’une impassibilité presque hiératique, donnent une consistance sonore.

Revêtus de longues robes-manteaux noires dégradées vers le gris clair, créées par Camille Pénager, les choristes se tiennent sous les lumières sculptées par Elsa Revol – atténuées, il est vrai, par les éclairages principaux de la nef. Ce cadre visuel renforce la dimension rituelle d’une œuvre qui se déploie comme une traversée mystique.

À l’orgue, Denis Comtet se fond magistralement dans la texture chorale. Sous la direction d’une précision horlogère de Léo Warynski, les voix atteignent une netteté remarquable : pulsation inexorable, justesse implacable, micro-décalages rythmiques millimétrés. Tout concourt à une impression d’immersion totale, où puissance et étrangeté se confondent dans l’hypnose sonore si particulière de Glass.